En date du 23 octobre 2015, le site Alencontre a publié un article de Michel Husson « Les coordonnées de la crise qui vient » (aussi sur hussonet.fr). J’ai essayé de réunir les thèses de Husson, de creuser un peu les sources sur lesquelles il s’appuie et d’introduire quelques réflexions personnelles. Elles se meuvent dans le cadre des contradictions internes du capitalisme et touchent à peine les alternatives macroéconomiques.
Je fais suivre un petit texte déconnecté de quelques thèses d’alternatives écosocialistes. Ceci pour éviter que la critique de l’état actuel du capitalisme ne soit pas suivi d’alternatives. (Même si je suis d’avis que la critique à elle seule peut suffire.) Entre les deux il y a un trou qui doit être rempli entre autre par la critique plus approfondie du « socialisme réellement existant » défait.
3 caractéristiques de la conjoncture actuelle
D’abord, les séquelles de la crise financière mondiale de l’année 2007/8 et suivantes ne sont pas guéries. L’investissement ne redémarre pas ou en tout cas insuffisamment à l’égard des politiques monétaires destinées à l’encourager. Dans l’ancienne triade dominante du capitalisme mondial USA-Japon-Europe, les politiques monétaires se ressemblent, mais ne produisent pas l’effet escompté. Le « quantitative easing » américain a été copié par Draghi. Il s’agit d’acheter massivement des titres avec de l’argent scriptural nouvellement créé pour empêcher les banques de les acheter et de ne pas diriger des fonds vers les entreprises. Au Japon, les « Abenomics » combattent la déflation persistante avec la marche de la planche à billet (malgré un endettement de l’Etat japonais d’environ 240% du PIB). En Europe aussi les banques centrales cherchent à augmenter l’inflation jusqu’au seuil des 2%.
Husson insiste sur le fait que l’injection de monnaie fraîche est « aveugle » car elle peut aussi bien alimenter la spéculation (et la création d’une nouvelle bulle) que l’investissement productif. Selon lui, le « quantitative easing » nourrit la baisse des taux d’intérêt déjà au point zéro pour ce qui concerne les taux des banques centrales. En cas d’une nouvelle récession, les autorités monétaires ne pourront plus réagir d’une façon régulatrice en baissant les taux. On a trop demandé à la politique monétaire pour relancer la croissance.
Et Husson de conclure : « D’un côté, les politiques de quantitative easing ne mordent pas sur l’économie réelle, alimentent des bulles et ont placé la finance mondiale sur une trajectoire qui ne peut pas être poursuivie indéfiniment. Mais la hausse des taux d’intérêt provoquerait l’explosion incontrôlée des bulles, dans un contexte où les Etats n’ont pratiquement plus de munitions pour sauver une nouvelle fois les banques.»
Ensuite, un changement notoire se fait au niveau des échanges mondiaux. Le rôle moteur de l’économie états-unienne se réduit suite à la fin du cycle de la croissance à crédit reaganienne et le rétablissement de l’épargne des ménages. En Chine la part des exportations dans le PIB est passé de 36% en 2006 à 26% actuellement. Cette réorientation vers la demande intérieure réduit d’autant les flux du commerce mondial et la relation spécifique Chine-USA avec la réduction de l’effet des fonds souverains provenant de Chine sur la monnaie américaine. (Ce dernier point n’est pas beaucoup traité par Husson, mais me semble important.) Les conjonctures états-uniennes et européennes se sont désynchronisées ces dernières années. En tout cas, l’économie mondiale reste essentiellement concurrentielle et échappe à la régulation et les flux et reflux de capitaux vers les pays émergents ont un effet de déstabilisation.
Enfin, les gains de productivité de l’économie mondiale s’épuisent. Ceux-ci avaient déjà baissé dans les économies de la triade, surtout en Europe mais avaient été relayés par le développement des pays émergents, principaux facteurs de la croissance mondiale. La croissance de la productivité est évidemment à la base de la croissance du profit, lui même nécessaire pour la reprise. Les politiques monétaires n’ont pas conduit à un rebondissement de l’investissement. Elles misent sur une stratégie de l’offre: de l’argent bon marché pour investir. Les entreprises cependant ne veulent pas suivre en augmentant leurs capacités productives car la demande fait défaut. Depuis la fin des trente glorieuses les gains de productivité ont progressivement dépassé des augmentations salariales et l’augmentation de la force d’achat des ménages.
Dans ce cadre, les économistes surtout économétristes constatent que l‘issue de récession (si on peut parler d’issue à la récession) a quelque chose d’atypique par rapport aux issues précédentes. Alors que normalement les salaires stagnent, cette fois-ci ils ont tendance à augmenter légèrement sauf dans les pays anglo-saxons. Il est vrai que même des banquiers centraux recommandent des hausses de salaire notamment en Allemagne.
La conjoncture économique actuelle, en Europe principalement, donne une impression d’impuissance des politiques publiques. Cette impression diffuse, comme toutes les impressions, laisse des marques profondes dans la société et joue pour beaucoup en faveur du «repli identitaire » et de la marche en avant des solutions nationalistes dont témoigne actuellement la traitement de la question des réfugiés, même s’il n’y a pas vraiment de relations entre les deux problématiques.
La stagnation séculaire
L’expression un peu étrange de « stagnation séculaire » devrait désigner une stagnation qui se produit une fois dans le siècle et non pas qui dure un siècle. L’expression a été créée à la fin des années 1930 par un économiste américain, Alvin Hansen, qui mettait la stagnation en relation avec le recul démographique et une pause dans le progrès technologique. Le « baby-boom » d’après-guerre effondra la théorie. L’idée a été reprise par Lawrence Summers, un économiste bourgeois contemporain qui était candidat minoritaire à la présidence de la FED (federal reserve américaine) après le période Bernanke. Le manque de croissance aurait un caractère structurel et durable.
En parlant de stagnation séculaire, la référence à la situation japonaise s’impose, cette économie connaissant une stagnation depuis 15 ans. A l’occasion du séjour récent du premier ministre conservateur japonais Abe à Luxembourg fin novembre, le sujet n’avait pas été thématisé par la presse. Je renvoie à mon article dans Goosch de décembre 2014 « Das japanische Syndrom und Europa ».
La stagnation séculaire se caractériserait par une croissance atone et la déflation ou la quasi-déflation persistantes. On sait que l’Union Européenne considère que l’inflation ne devrait pas se situer en dessous des 2% et que donc un danger déflationniste ne s’établirait pas à une évolution des prix à 0%, mais déjà avant. La déflation est mortifère pour la consommation puisque les consommateurs attendent une baisse des prix avant d’acheter.
La stagnation séculaire commence à virer au cauchemar pour les capitalistes et les politiciens bourgeois. Plusieurs explications sont données dont se dégagent plusieurs propositions de solutions. Les politiques officielles encore majoritaires la nient carrément. « Nous allons créer une nouvelle croissance qui réduira le chômage. Il faut patienter encore un peu. » D’autres voix se font de plus en plus alarmistes. Attali : « Le monde s’approche d’une grande catastrophe économique. Et personne n’en parle. » Nous en parlons aussi, Monsieur Attali. Christine Lagarde, présidente du FMI ne peut pas se permettre ce franc-parler, mais on suppose son inquiétude : (discours du 30.9.2015; le terme de « nouvelle médiocrité » est une formulation amadouée du terme pessimiste de « stagnation séculaire »)
« Le panorama d’ensemble est celui d’une croissance mondiale décevante et inégale. Qui plus est, les perspectives à moyen terme se sont affaiblies. La «nouvelle médiocrité» – le risque d’une timide croissance persistante, contre laquelle je vous mettais en garde il y a exactement un an – s’approche. »
Simplifions les positions:
1. « La stagnation est due aux politiques monétaires qui ont atteint leur limite. » Le couple rigueur budgétaire et argent à taux (presque) zéro ne fonctionne plus, d’autant plus que le taux zéro ne permet plus de bouger (« Zero Lower Bound »). Il faut donc s’attaquer au dogme de l’austérité budgétaire et prendre au contraire des mesures de relance par les budgets publics. La solution serait donc en tout cas néokeynésienne. Différentes variantes sont possibles comme une politique de relance assortie d’une nouvelle réglementation de l’actionnariat, les actionnaires ne devant plus être un frein à l’innovation en se s’intéressant qu’à la rente. (Aglietta et d’autres)
2. L’économiste Robert Gordon, diplômé de Harvard, Oxford et du MIT, loin d’être un marginal, pense que « les innovations n’auront plus à l’avenir le même potentiel en termes de croissance que dans le passé. » Pire : La croissance future du PIB par tête sera inférieure à ce qu’elle a été depuis la fin du XIXe siècle, et la croissance de la consommation réelle par habitant sera encore plus lente pour les 99% du bas de la répartition des revenus ». Gordon s’élève donc en dessus des politiques monétaires et trouve des explications structurelles liant des questions d’investissement aux questions de consommation. Il est vivement contredit par les économistes bourgeois majoritaires qui croient à l’effet de levier des nouvelles technologies qui formeraient une révolution technologique. Dans la vue de gens comme Gordon, il n’y aurait pas vraiment de solution « productiviste » possible et que blocage séculaire du capitalisme serait inéluctable. J’avais à ce sujet avancé la réflexion suivante :
„Der Gewinn an Produktivität durch Internet und abgeleitete Technologien, ohne entsprechende Kaufkraftsteigerung, ist nicht vergleichbar mit historischen technologischen Schüben, wie die Dampfkraft, die Elektrifizierung oder die Mechanisierung der Haushalte und das Automobil. Der Neoliberalismus hat in den alten Industrieländern die Profitrate wieder hergestellt, nicht aber die Akkumulationsrate (die Investitionen).“ („Das japanische Syndrom und Europa“ Goosch 24.11.2014)
3. Les économistes marxistes devraient avoir une autre approche. A la fin des trente glorieuses, le taux de profit avait une tendance à la baisse à cause d’un ralentissement de la productivité. Le tournant néolibéral a permis le rétablissement du taux de profit non pas à cause de gains de productivité mais par l’exploitation et la répartition inégale des richesses accrues. A quoi bon investir quand la composition organique du capital*) ne permet plus la rentabilisation faute de demande des consommateurs ? Ne vaut-il pas mieux boursicoter ? A cette logique intrinsèque s’ajoutent les effets pervers éventuellement évitables comme les différentes bulles et leur explosion qui ont rythmé le cours de la phase néolibérale qui est maintenant en fin de régime mais qui dure. La menace de nouvelles bulles persiste aussi et elles sont même probables.
Il est possible d’envisager une nouvelle augmentation de la productivité par l’automation, la robotique, l’informatique…à condition que l’augmentation du capital fixe (C) promette une rentabilisation. Celle-ci dépend de la consommation, de l’augmentation de la demande alors que nous avons derrière nous trente ans pendant lesquelles les salaires n’ont pas suivi l’augmentation de la richesse sociale et que la force d’achat des ménages a tendance à faiblir…
La relance ne peut se faire que si les profits augmentent de nouveau, les profits qui résultent de « l’économie réelle « et non pas de la spéculation boursière. Les bénéfices souvent appréciables de la spéculation boursière relèvent en fin de compte de la valeur boursière supposée des entreprises ou banques. Cette valeur ne peut à la longue rester déconnectée de ce qui passe en matière d’augmentation de productivité dans la sphère de production. Sinon, l’explosion de bulles et l’écroulement des cours deviennent inévitables.
De même, il est difficilement pensable qu’à la longue une croissance soit-elle faible puisse concorder avec un appauvrissement relatif du salariat. A force d’achat stagnante, il ne peut y avoir de longue croissance. Qui pourrait acheter plus ?
Voilà la situation dans laquelle nous nous trouvons en ce moment. La politique financière tant de la Banque centrale européenne (avec des similitudes aux USA et au Japon) poussent à la mise à disposition de ressources pour l’investissement des entreprises. Le rachat de bons publics par la BCE tend à forcer les banques à faire des crédits aux entreprises. Et si les entreprises ne veulent pas investir parce qu’elles n’attendent pas de rentabilisation en innovant ? Cette question est niée tout simplement. Il faut voir de plus près ces politiques monétaires d’incitation à l’investissement.
*) La formule du profit m/c+v (Mehrwert-plus value sur capital fixe (investissements) + capital variable (charge salariale) veut que l’investissement n’augmente pas la plus-value, mais la réduise. Une augmentation de « c » n’est pas souhaitable pour une entreprise si cela ne conduit pas à une augmentation du rendement. Cela est d’autant plus vrai si l’actionnariat est anonyme et coupé de toute problématique de production.
Une conclusion intermédiaire s’impose. Bien des sources affirment ou soupçonnent que l’économie capitaliste de la triade est entrée dans une phase de stagnation prolongée. Une nouvelle récession cyclique, suivant le cycle de renouvellement du capital fixe pourrait s’y superposer bientôt. Est-ce qu’une telle récession pourrait être ouverte par l’explosion d’une bulle ? Par un nouvel écroulement d’une banque systémique ? Par une crise des valeurs boursières carboniques suite à un changement de paradigme en matière d’énergie ? Par une crise importée d’un pays émergent ? Parmi les auteurs qui prédisent une crise majeure inévitable, on ne peut déceler de pronostic sur l’élément déclencheur. Peut-être ne faudrait-il pas faire de pronostics.
Les mesures de l’UE
Le « quantative easing » de la BCE. Le sujet est déjà traité dans l’article. Récemment la Banque centrale européenne a augmenté l’injection d’argent frais à 60 milliards d’euros par mois. Les bourses ont mal réagi pensant qu’il aurait fallu augmenter davantage ! Une fuite en avant ? Il n’est toujours pas prouvé qu’il y ait un effet réel. Le but de l’opération : en achetant des bons publics on empêche les banques de le faire et les forcerait à injecter des milliards dans l’investissement et l’innovation des entreprises. Il n’est pas prouvé que cette initiative permette de juguler la spéculation boursière.
L’Union bancaire et la nouvelle titrisation. La titrisation n’est rien d’autre que la création de produits bancaires qui regroupent des placements divers en un paquet pondéré qui promet un rendement supérieur à une épargne sans intérêt. Cette fois, on veut procéder d’une façon raisonnable et propre en matière de déontologie. Les banques européennes, nettoyées de leurs produits sales, doivent se soumettre à une réglementation commune qui doit les préserver d’un nouvel écroulement. Il est évident qu’un nouveau sauvetage par l’argent public pour préserver les dépôts jusqu’à 100.000 € et pour rétablir la liquidité ne sera plus possible. Qui peut assurer que les nouveaux produits dérivés seront « cleans » ? La titrisation veut bien dire création de nouveaux « produits dérivés ». L’Union bancaire, qui doit assurer la discipline commune du secteur bancaire, permet deux sortes de titrisation l’une plus sobre, l’autre plus risquée. Il s’agit d’une mesure de régulation intégrant de graves dérives passées dans une forme adoucie.
Le plan Juncker. Des crédits budgétaires de l’Union, augmentés de contributions des Etats nationaux doivent faire fonction de levier pour une levée de fonds multipliée et dont la somme sera injectée dans des projets d’investissement public de type infrastructurel et dans une moindre mesure pour des projets à risque non-publics. Il s’agit là de l’initiative la plus keynésienne des mesures de relance de l’Union européenne. Rien que le nom est évocateur : « Fonds Européen pour les Investissements Stratégiques » (FEIS). Le FEIS doit répondre à l’atonie des innovations. L’investissement européen reste de 15% inférieur à son niveau de 2007. Quel est le fonctionnement ?: (suivant la fondation Schuman)
« L'effet de levier de 15€ du FEIS serait atteint en deux temps. 1 € de dotation au FEIS permettra à la BEI d'investir sous forme de produits à risque à hauteur de 3 €. Ces investissements attireront des investisseurs privés à hauteur de 5 € pour chaque euro investi par la BEI. Le volume total des investissements finaux est estimé à 315 milliards €; ce montant global devrait se répartir à hauteur de 240 milliards € dans les infrastructures stratégiques d'intérêt européen (transports, énergie, haut débit, éducation, santé, R&D, etc.) et pour 75 milliards € en financements à risque des PME et ETI. »
La taxe sur les transactions financières (TTF).
Il s’agit d’un projet raboté et adouci de la taxe Tobin proposée dans les années 1970. La proposition a eu de l’entrain lors de la crise des banques systémiques dont le sauvetage avait vidé les caisses des Etats après 2008. Comme un accord européen n’aurait pas été possible et que la fiscalité n’est en principe pas de l’autorité de l’Union, la commission européenne propose une « coopération renforcée » de 11 Etats. Le projet aurait dû être finalisé cette année mais les négociations traînent. Les montants de la taxe sont minimes : 0,1% pour les actions et les obligations, 0,01% pour les dérivés. Il n’est pas clair à qui reviendra le bénéfice de cette taxe. Les projections initiales de 30 ou 35 milliards de recettes annuelles sont depuis longtemps revues à la baisse. L’Allemagne e.a. refuse de verser les recettes au budget de l’Union qui reste inférieur à 1% du BIP européen. Le Luxembourg est parmi la majorité des pays qui refusent cette taxe. Ce qui intéressant, c’est l’effet transversal de la taxe. Puisqu’elle concerne les transactions par-delà les frontières, deux pays peuvent être concernés, même si l’un des deux ne fait pas partie de la « coopération renforcée ».
Les limites ou les impasses keynésiennes
Il y a deux problèmes avec les solutions néokeynésiennes de diverses factures qui gagnent du terrain face aux échecs de l’orientation néolibérale en Europe. Le premier problème consiste dans le fait que le keynésianisme est dans son essence une théorie productiviste. La fascination qu’exerce toujours le personnage haut en couleurs de John Maynard Keynes est d’ailleurs fondée. N’avait-il pas assorti ses théories sur la relance d’une projection sur la réduction massive du temps de travail (25 heures/semaines pour notre génération), n’avait-il pas proposé à Bretton Woods la création d’une monnaie unique mondiale (pourquoi pas une idée à creuser de nouveau ?). A l’heure de la crise climatique et de la nécessité d’en finir avec l’économie-carbone, les relances dopées par les budgets publics posent un problème de principe.
Le deuxième problème provient de l’analyse de la situation générale du capitalisme - au moins dans la triade - qui est traitée dans les pages précédentes. Nous pourrions distinguer 4 niveaux d’analyse : 1. Est-ce que la crise dans laquelle nous nous trouvons est avant tout une crise financière ? Dire que les banques, la financiarisation et la volatilité des capitaux sont à l’origine de tous les maux, serait une analyse bien trop superficielle et probablement fausse. 2. Est-ce que la crise est due à l’austérité budgétaire imposée à toute l’Europe (au Japon la question se pose déjà différemment, Stieglitz avait salué les « Abenomics » avec enthousiasme) ainsi qu’au diktat des normes de Maastricht ? Cette analyse a bien entendu sa part de justesse, appliquée à la Grèce elle est même pertinente. Mais elle est incomplète. 3. Une analyse allant aux racines doit tenir compte de l’inadéquation entre les efforts de relance et la situation résultant de 30 années de répartition de bas vers la haut avec la force d’achat insuffisante en résultat. 4. Enfin – dans un optique de critique conséquente du productivisme et une analyse qui rejette la possibilité d’un développement quantitatif sans limite, ne faut-il pas verser résolument dans une stratégie éco-socialiste qui exclut un avenir vivable dans la cadre du capitalisme ?
Les propositions néokeynésiennes se meuvent dans les sphères des deux premiers niveaux d’analyse, ne tiennent pas compte du 3e niveau et sont à l’opposé de la critique du 4e, de la critique du productivisme. Evidemment, notre traitement des limites et impasses du néokeynésianisme est sans doute trop schématique et trop cru, d’autant plus qu’il y a différents courants, différents auteurs qui ont certainement leur intérêt. Il faudrait revenir à une critique du néokeynésianisme plus différenciée et plus profonde.
Les 30 années néolibérales qui ont suivi les 30 glorieuses n’étaient pas le fruit d’un tournant des maniques libéraux Reagan et Thatcher, même s’il y eu aussi des renversements de rapports de force politiques, mais avant tout une réponse bourgeoise à l’épuisement de la profitabilité de l’économie. La profitabilité a été rétablie grâce à une nouvelle répartition du surproduit social – mais pas la croissance de la productivité. Les conditions pour un tournant keynésien ne sont plus celle d’avant ou d’après la 2e guerre mondiale. Nous assistons à un retour de certaines mesures qui sont d’essence keynésienne ( ?) comme le plan Juncker, mais il est improbable qu’un tournant vraiment radical dans cette direction soit réalisable. Serait-il souhaitable ? C’est douteux. Encore une fois, il faut mener cette discussion en profondeur.
Il faut aussi tenir compte des situations concrètes comme nationales, en Grèce qui a besoin d’un rebondissement économique, des revendications directes en face du chômage de masse, des crises de structure dans différentes régions et bien entendu tenir compte de la méthode keynésienne pour pousser des investissements qui vont dans le bon sens, comme les énergies renouvelables, l’efficience énergétique, les transports publics etc.
Quelques conclusions stratégiques écosocialistes pour la gauche anticapitaliste ?
Je me limite à quelques indications copiées qui sont nettement insuffisantes, mais qui pourraient être systématisées en y intégrant une critique du productivisme du « socialisme réellement existant » en matière économique et qui pourraient être nourris par le bilan critique de la COP21. Je recommande à la lecture les écrits de l’écosocialiste belge Daniel Tanuro.
Husson oppose dans un petit texte intitulé « Quel modèle non productiviste » des concepts capitalistes à des concepts non-productivistes.
Face à l’exploitation des ressources fossiles - les énergies renouvelables.
Face à la rotation du capital - la durabilité des biens.
Face à l’austérité salariale, la précarité et la désalarisation – la réduction du temps du travail.
Face à l’austérité budgétaire et les privatisation – la création d’emplois utiles mais « non rentables ».
Face à l’ »initiative privée » - l’investissement public.
Face aux traités de libre-échange – la désintensification des échanges et la relocalisation productive.
Face é l’agriculture intensive mondialisée – l’autosuffisance alimentaire.
Face à la « concurrence libre et non faussée » - le contrôle social sur les priorités économiques et l’organisation du travail.
La liste serait facilement allongeable.
Frank Jost
12.12.2015
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